Description
Général
La tâche Stop-Signal (SST) est l'outil de référence en psychologie et en neurosciences pour évaluer l'inhibition de la réponse, c'est-à-dire la capacité à stopper une action déjà initiée. C'est une composante centrale du contrôle exécutif et de l'impulsivité.
Le principe repose sur une métaphore de « course de chevaux » (Race Model) : une course s'engage entre un processus d'action (Go) et un processus d'arrêt (Stop). Tâche Go : le participant répond le plus vite possible à un stimulus visuel (une flèche). Signal Stop : dans une minorité d'essais (25 %), un signal apparaît peu après le stimulus, demandant d'annuler la réponse.
La mesure clé est le Stop-Signal Reaction Time (SSRT) : le temps estimé qu'il faut au cerveau pour « lever le pied du frein ». Comme le freinage est un processus interne invisible (il n'y a pas de réponse quand on réussit), ce temps est calculé mathématiquement. Cette implémentation comporte 32 essais d'entraînement puis 4 blocs de 64 essais (256 essais de test), avec un délai du signal Stop ajusté en continu par pas de 50 ms. Les paramètres de temps et de plan reprennent l'implémentation de référence du groupe Verbruggen (fredvbrug/STOP-IT).
Propriétés psychométriques
L'analyse des propriétés du SST fait l'objet de débats récents importants, notamment suite aux travaux de Thunberg et al. (2024).
Fidélité
Contrairement à une idée reçue, la capacité d'inhibition mesurée par le SST est très fluctuante :
- Instabilité temporelle : La fidélité test-retest du SSRT est souvent faible (r moyen autour de .34). Le score d'une personne peut varier considérablement d'une semaine à l'autre.
- Interprétation : Le SSRT doit être considéré comme une mesure d'un « état » (influencé par la fatigue, la motivation, l'attention du moment) plutôt que comme un « trait » stable et immuable.
- À noter : la vitesse de réaction simple, elle, reste très stable dans le temps.
Validité
- Validité convergente : Selon l'étude de Dean et al. (2025) sur plus de 1000 participants, le SST présente une faible validité convergente. Il corrèle peu avec d'autres tests classiques d'inhibition (Stroop, Flanker) et ne s'intègre pas dans un facteur commun de « contrôle inhibiteur ». Cela suggère qu'il mesure une facette unique de l'inhibition motrice.
- Validité par groupe connu : Paradoxalement, malgré ses faibles corrélations avec d'autres tests, Dean et al. (2025) confirment que le SST conserve une bonne capacité à discriminer des populations. Il différencie significativement les groupes témoins des patients psychiatriques (TDAH, schizophrénie, bipolarité), suggérant qu'il capture une dimension clinique spécifique qui échappe aux autres mesures.
Interprétation clinique
Le SST est couramment utilisé pour étudier l'impulsivité dans le TDAH, les troubles obsessionnels-compulsifs et les addictions. Un SSRT élevé (temps de freinage long) indique une difficulté d'inhibition.
En raison de la faible stabilité temporelle, il est déconseillé d'utiliser un score unique pour poser un diagnostic ferme. Il est préférable de répéter la mesure (agrégation) pour confirmer une difficulté, ou de l'interpréter avec prudence dans le cadre d'une batterie globale.
Normes
Aucune norme populationnelle n'est disponible pour cette implémentation : les indices sont rapportés en score brut. Le calcul du SSRT dépend de la méthode d'estimation ; cette implémentation utilise la méthode d'intégration avec remplacement des omissions, recommandée par le consensus international (Verbruggen et al., 2019) pour minimiser les biais.
Indicateurs de validité de la passation
Pour que le résultat soit interprétable, le participant doit respecter les règles de la tâche :
- Taux de réponse sur les signaux Stop : Doit être proche de 50 %. Le test ajuste automatiquement le délai du signal pour atteindre cet équilibre. Si ce taux est < 25 % ou > 75 %, le score n'est pas fiable.
- Modèle de course : Le TR moyen sur les essais Stop échoués doit être inférieur au TR moyen sur les essais Go. L'inverse viole l'hypothèse du modèle et rend le SSRT ininterprétable.
- Vitesse Go : Le participant ne doit pas ralentir excessivement pour attendre le signal Stop.
Validation automatique : cette implémentation vérifie les deux premiers points et, lorsqu'une violation critique est détectée, ne publie aucun SSRT — la carte affiche « Réponses manquantes » et la bannière de validité en donne la raison. La mesure est indéfinie, pas imprécise : aucune valeur sentinelle n'est écrite.
Avertissement clinique essentiel
Le SST est un outil de MESURE COGNITIVE, pas de DIAGNOSTIC. Compte tenu de sa fidélité test-retest faible, un SSRT élevé sur une passation unique ne suffit pas à conclure à un déficit d'inhibition : il doit être répliqué ou corroboré par d'autres mesures avant toute interprétation clinique.
References
Modèle original Logan, G. D., & Cowan, W. B. (1984). On the ability to inhibit thought and action: A theory of an act of control. Psychological Review, 91(3), 295-327.
Guide de consensus Verbruggen, F., et al. (2019). A consensus guide to capturing the ability to inhibit actions and impulsive behaviors in the stop-signal task. eLife, 8, e46323.
Fidélité Thunberg, C., et al. (2024). On the (un)reliability of common behavioral and electrophysiological measures from the stop signal task. Cortex, 175, 81-100.
Mécanismes neuronaux Sebastian, A., et al. (2025). Reliability of triggering the stop process is related to prefrontal-subthalamic hyperdirect pathway recruitment. Imaging Neuroscience.